Attardons-nous quelques instants sur trois chapelles assez peu connues mais qui valent bien un coup d'oeil... ou plus.
Tout d'abord la chapelle des Carmélites, au centre-ville, seule survivante du couvent des Carmélites qui a cédé la place à la bibliothèque d'étude et du patrimoine, rue du Périgord. Ensuite la chapelle Saint-Roch, située hors du centre, dépendance de l'église des Minimes. Enfin, la dernière mais pas la moindre, l'ancienne chapelle de l'Inquisition de la maison Seilhan, dont l'histoire est intimement liée à celle de l'ordre dominicain.
La voûte et les murs de la chapelle des Carmélites sont recouverts de peintures à l'huile illustrant notamment l'ascension de Sainte Thérèse d'Avila, fondatrice de l'ordre des Carmélites. Ces peintures sont dues à deux peintres : Jean-Pierre Rivals (XVIIème siècle) qui peignit les figures allégoriques des Vertus entre les fenêtres, et Jean-Baptiste Despax (XVIIIème siècle) qui peignit notamment la voûte et ses trompe-l'oeil.
Un lambris de chêne avec nervures et clés pendantes en bois doré structure la voûte et en fait un lieu de concerts très prisé.
L'Extase de Sainte Thérèse :
Dieu tenant le globe :
Sur les murs latéraux figurent les vertus, ici le silence et l'humilité :
Sans doute la plus méconnue des trois chapelles évoquées ici, cette vieille chapelle (fondation vers 1392 d'après l'historien Catel) est accolée à l'église des Minimes qui lui est postérieure. Sa voûte fut décorée au début du XVIIème siècle d'une apothéose de saint François de Paule, fondateur de l'ordre des Minimes, par le peintre François Fayet.
Situé près de la route de Paris, hors de la ville, le couvent des Minimes était fréquenté par les souverains et autres grands dignitaires en visite à Toulouse qui y attendaient les députations des capitouls devant les escorter pour leur entrée dans la ville.
L'église des Minimes :
Dominique de Guzman, futur saint Dominique, prêcha dès 1206 dans la région pour contrer le catharisme et ramener les hérétiques vers la "vraie foi". Oeuvrant d'abord dans la campagne et basé à Prouille et à Fanjeaux, en 1215 il change de stratégie et décide de prêcher dans les grandes villes. Il se fixe alors à Toulouse où il réunit sa première communauté de frères. Reconnu en 1215 par l'évêque Foulque et en 1216 par le pape, l'Ordre des frères prêcheurs - aussi appelés dominicains - voit le jour à Toulouse et connaît un succès si fulgurant que quelques décennies lui suffisent pour couvrir l'Europe entière de centaines de couvents.
Pierre Seilhan fut l'un des premiers disciples de saint Dominique. Et c'est dans sa maison, près du rempart sud de la ville, que ce dernier installa sa demeure à Toulouse en 1215 et qu'il rassembla ses premiers compagnons. Là est donc le véritable lieu de naissance de l'ordre dominicain. Saint Dominique partit ensuite s'installer à Rome puis à Bologne, d'abord parce que la situation politique devenait à nouveau très instable à Toulouse avec la remise en cause par les Toulousains de la suzeraineté de Simon de Montfort, ensuite car il souhaitait favoriser la formation intellectuelle des frères de son ordre auprès de la plus fameuse université d'Europe de ce temps : celle de Bologne.
Plus tard cette maison fut le siège local de l'Inquisition, et au XVIIème siècle le peintre dominicain Balthazar-Thomas Moncornet peignit dans une chapelle attenante un plafond à caissons retraçant l'itinéraire moral de saint Dominique en 15 tableaux que nous allons détailler (merci d'excuser la qualité inégale de mes photos).
Ce plafond fut redécouvert en 1990 dans des circonstances que je vous narrerai plus loin.
De nos jours la chapelle est devenue un amphithéâtre de l'Institut catholique :
1 - Le baptême de Dominique. Dominique Guzman, né à Caleruega, en Castille, grandit dans un catholicisme de conquête (Reconquista). Sous la forme d'une colombe, le Saint-Esprit veille sur lui :
2 - Un signe de vocation. Enfant, Dominique quitte son lit pour dormir à la dure, des abeilles (symbole de sagesse) voltigent autour de sa bouche, signes d'une vie austère consacrée à la prédication. On retrouve donc les signes prémonitoires de l'ordre religieux mendiant que formeront les dominicains :
3 - La miséricorde de Dominique. Dominique vend ses livres, pourtant indispensables à ses études, pour donner l'aumône aux pauvres. Il est représenté en chevalier car, alors étudiant, il n'était pas encore clerc. La vente est représentée au premier plan et le don aux pauvres au second plan :
4 - Le retour à l'Evangile. L'hérésie cathare prêche par l'exemple la frugalité et l'austérité, contrairement au clergé catholique qui mène souvent grand train et se compromet avec le pouvoir et la richesse. Dominique veut mener une vie pauvre et exemplaire pour annoncer le Royaume de Dieu et contrecarrer le succès du catharisme dans la région de Toulouse. Lui et ses adeptes vont pieds nus dans la précarité et la pauvreté :
5 - la prière du Rosaire. Retiré dans la forêt de Bouconne, près de Toulouse, pour prier, Dominique reçoit le rosaire des mains de la Vierge pour convertir les populations. Dans ce panneau apparaît un emblème des dominicains : un chien portant une torche. Depuis le haut Moyen-Age les prédicateurs sont comparés aux chiens, chargés de guider le troupeau et de le protéger des bêtes féroces, les hérésies étant souvent représentées par des renards ou des loups. Le chien porte en sa gueule une flamme, pour signifier l'ardeur de la charité et la lumière de la vérité :
6 - Institution de l'ordre des Prêcheurs. Le pape Honorius III reconnaît l'ordre des prêcheurs en 1216, après le concile de Latran :
7 - La vocation apostolique. Les saints Pierre et Paul donnent un bâton à Dominique et lui enjoignent : "Va et prêche". Les frères partent à travers le monde et leur ordre connaît un grand essor :
8 - Protection de la Vierge Marie, de Catherine, patronne des philosophes, et de Cécile, patronne de la liturgie :
9 - Une intervention miraculeuse. D'un signe de croix, Dominique écarte une inondation torrentielle :
10 - La prière de Dominique. Dominique est représenté tenté par le démon, qui cherche à interrompre sa prière :
11 - Une guérison. Par sa prière, Dominique guérit un architecte victime d'une chute. Ce miracle réfute le catharisme qui méprise le corps, car l'attention de Dominique se porte à la totalité de l'homme et pas seulement au salut de son âme :
12 - Une guérison à Rome. Une autre guérison miraculeuse où Dominique ramène à la vie un adolescent (ou un enfant ?) tombé de cheval :
13 - Pureté de Dominique. Dominique se donne la discipline, outre le chien porteur de la torche, on peut voir un lys posé sur le sol (comme dans d'autres panneaux). Cette fleur est un des signes distinctifs de Dominique dans l'iconographie, symbole de la pureté de sa vie :
14 - La fin prochaine. Un ange annonce sa fin prochaine à Dominique et lui remet la couronne de justice :
15 - La mort de Dominique. Dominique meurt le 6 août 1221 à Bologne. Le frère Guala, prieur de Brescia, vit s'ouvrir les cieux et des anges tenir deux échelles vers la vie éternelle :
Il y a une anecdote au sujet de ce plafond : lors de la Révolution les dominicains furent expulsés des lieux. Plus tard, après bien des péripéties, les jésuites prirent possession de l'endroit. Ils recouvrirent le tout d'un faux plafond de plâtre (vers 1860), puis quittèrent à leur tour les lieux.
Le souvenir du plafond peint finit par se perdre, jusqu'à ce que vers la fin des années 1980 des héritiers du peintre Joseph Roques signalent l'existence d'un tableau, peint par ce dernier au début du 19ème siècle, où le plafond était représenté ! Les fils de l'histoire renoués, on dégagea à nouveau le plafond dont les peintures se révélèrent plutôt bien préservées. Un petit miracle, en somme ! Vraie ou pas, c'est en tout cas la version de l'histoire racontée par le Musée du Vieux Toulouse, où on peut voir le tableau en question :
La maison Seilhan est une des plus vieilles demeures de la ville, elle abrite également la chambre de saint Dominique, où la tradition veut qu'il ait prié et vécu lors de son séjour à Toulouse vers l'an 1215 :