Le Capitole et le Parlement : les pouvoirs rivaux

Au XVème siècle un nouveau pouvoir s'installa à Toulouse, et contraria plus souvent qu'à son tour les desseins des capitouls : le Parlement de Toulouse. C'est ainsi que noblesse de robe (les parlementaires) et noblesse de cloche (les capitouls) devinrent des rivaux jusqu'à la Révolution qui mit fin aux deux institutions.


La robe des capitouls était rouge et noire (et blanche), couleurs reprises par le Stade toulousain en référence à ces derniers :
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Et voici la robe du Président au Parlement Jean-Etienne Duranti. Il y a comme un air de ressemblance avec celle des capitouls, ne trouvez-vous pas ?
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Malgré cette rivalité entre ces deux pouvoirs, il y avait parfois comme de la consanguinité... ainsi Jean-Etienne Duranti fut-il également capitoul tout en étant avocat, avant de devenir premier président au Parlement. Et il fut loin d'être le seul car une fois anoblis, les capitouls - y compris ceux issus de familles de marchands - convoitaient souvent pour eux-mêmes ou leurs enfants une charge au Parlement... certainement le nec plus ultra pour la bonne société de cette capitale provinciale qu'était Toulouse.

Parfois c'était la religion qui alimentait cette rivalité : en 1562 par exemple le Parlement, catholique, chassa les capitouls de l'année, tous protestants. Parmi ces derniers se trouvait Pierre d'Assézat, qui dut fuir la ville pour sauver sa vie.


Le Capitole

Le siège du pouvoir municipal est situé au même emplacement depuis 1190, le bâtiment actuel comporte des éléments du XVIème siècle, du début du XVIIème siècle, et sa monumentale façade de brique, de pierre et de marbre date de 1760. Sa décoration intérieure a été conçue à la fin du XIXème siècle comme un vaste programme destiné à mettre en scène l'histoire de la ville.

Les capitouls

On ne peut explorer l'hôtel de ville sans aborder le rôle des capitouls, consuls chargés par les comtes de Toulouse d'administrer la ville. C'est le comte Alphonse Jourdain qui en 1147 créa le premier conseil de capitouls. Au cours de leur longue histoire (de 1147 jusqu'à la Révolution, soit près de 650 ans) leurs prérogatives varièrent. Leur nombre aussi même s'il finit par se fixer à huit, chacun représentant un des huit capitoulats de la ville (sortes d'arrondissements avant l'heure). Les capitouls étaient élus pour un an, avec le temps leur charge finit par devenir anoblissante et était convoitée notamment par les plus grands marchands de Toulouse.

Les capitouls administraient la ville mais représentaient également leur capitoulat lors des processions, ils en arboraient les couleurs à ces occasions : la Daurade en vert et blanc, la Pierre Saint-Géraud en noir, Saint-Étienne en violet, la Dalbade en incarnat, le Pont-Vieux en orange, Saint-Sernin en jaune, Saint-Pierre des Cuisines en bleu et Saint-Barthélémy en amarante.

Dès 1189 ils devinrent indépendants du comte qui ne garda dès lors sur la ville que le droit de frapper monnaie et de lever des troupes, formant ainsi une sorte de république en ce temps-là fort semblable à ses consoeurs italiennes. En 1190 le chapitre des capitouls se fixa à l'emplacement de l'actuel Capitole, à la frontière de la Cité (la vieille ville bâtie sur son emprise romaine) et du Bourg (le nouveau quartier autour de Saint Sernin) et loin du siège du pouvoir comtal situé au sud de la Cité. Au XIIIème siècle la croisade contre les cathares mit fin à cette relative indépendance : avec l'extinction de la lignée des comtes en 1271 le pouvoir royal récupèra la ville ainsi qu'il était prévu dès le traité de Meaux-Paris de 1229, et créa les prémices de ce qui allait devenir au siècle suivant la province de Languedoc. Les nouveaux comtes de Toulouse n'eurent alors plus de lien avec l'ancienne dynastie éteinte, ils étaient désormais parisiens et leur titre surtout honorifique, ils n'influèrent plus guère sur la vie de la cité.

Souvent en concurrence avec les parlementaires installés à Toulouse à partir de 1443, les capitouls finirent en 1750 par donner corps à une vieille idée qui les travaillait depuis longtemps : doter leur maison commune d'une façade monumentale propre à rehausser leur prestige et à en imposer à leurs rivaux du Parlement. Il s'agissait là d'un effort inaccoutumé pour des capitouls dont le court mandat (un an) ne les encourageait habituellement pas à se lancer dans des projets à long terme. La façade fut élevée de 1750 à 1760 par Guillaume Cammas, elle unifiait en apparence des bâtiments restés disparates derrière elle (eux-mêmes remaniés ultérieurement).

Pour la place du Capitole elle-même, l'opposition des parlementaires à son dégagement fit que les capitouls durent aller quérir directement l'accord du roi en lui promettant une place royale avec sa statue au milieu... cela ne se passa pas tout à fait comme prévu et prit plus de temps qu'espéré, mais au bout du compte le Capitole et sa place forment un ensemble architectural plus grandiose et prestigieux que tout ce que le Parlement - pourtant plus puissant - aura pu léguer au patrimoine de la ville.


Le Capitole

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Plusieurs statues surmontent le Capitole, représentant la Justice et la Force au-dessus du fronton, Clémence Isaure et Pallas à gauche, et la Tragédie et la Comédie à droite au-dessus du théâtre qui occupe un bon tiers du bâtiment.
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Sous le fronton 8 colonnes en marbre incarnat symbolisent les 8 capitouls qui administraient la ville :
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Le sceau de la République Française sur le fronton triangulaire n'est en place que depuis 1871, à l'origine il s'y trouvait une effigie de louis XV, puis diverses effigies ou devises en fonction des régimes ayant dirigé le pays :
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Le nom de "Capitole" adopté pour l'hôtel de ville de Toulouse fait bien entendu implicitement référence à la colline de Rome appelée Capitolium en latin (et donc Capitole en français), symbole du pouvoir romain. Les capitouls, édiles de Toulouse depuis le Moyen âge jusqu'à la Révolution, formaient un conseil de consuls, un chapitre dit capitulum. De capitulum à capitolium il n'y a pas loin, un pas vite franchi pour d'évidentes raisons de prestige et ce d'autant plus aisément que le mot "chapitre" en occitan se dit "capítol".
Notons également que le superbe marbre rose pâle utilisé pour les colonnes et le pourtour de l'horloge vient des carrières languedociennes de Caunes de Minervois, il fut précédemment abondamment utilisé à Versailles. Au moment d'achever la façade du Capitole, les capitouls faillirent reculer devant le coût de ces colonnes et suggérèrent de les faire plutôt en brique. Pour sauver cet élément essentiel de sa façade il fallut que l'architecte Guillaume Cammas flatte éhontément leur vanité : «[...] une matière vile et commune qui ne peut décemment convenir à l'image de ceux qui soutiennent le trône » (et voilà comment j'en viens à dénigrer la brique sur un site censé lui rendre hommage... )

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Les décorations des balcons qui courent le long de la façade sont des blasons de capitouls forgés par le maître ferronnier Bernard Ortet, ceux-ci furent sauvés par chance lors de la Révolution française (rappelons que les capitouls étaient anoblis et donc des cibles toutes désignées pour les révolutionnaires) : les blasons en place furent détruits mais ceux des anciens capitouls, remisés dans les combles du Capitole, échappèrent à l'ire des révolutionnaires et ornent maintenant la façade. Celle-ci est également décorée de mascarons inspirés notamment de la mythologie grecque. En voici un échantillon :
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Dans la cour centrale, appelée cour Henri IV, se trouvent les plus vieux éléments architecturaux du bâtiment (rassurez-vous l'avion sur la photo n'était là que temporairement pour une exposition sur Saint-Exupéry) :
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On doit le portail oriental au ciseau de Nicolas Bachelier (1546), le "maître de la Renaissance" à Toulouse. La déesse Pallas est entourée de deux figures féminines, l'une portant un bâton avec la croix du Languedoc (à l'origine Bachelier avait sculpté une chouette sur ce bâton), l'autre brandissant une couronne de lauriers et une branche fleurie :
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La représentation de Pallas (autre nom de Minerve, ou Athéna) illustre le fait que l'empereur Domitien (entre les années 51 et 96 de notre ère) donna à la ville le titre de Palladia Tolosa car elle était réputée dans le monde romain pour la qualité de son enseignement, la plaçant ainsi sous la protection de Pallas-Athéna, déesse de la sagesse. De nos jours il arrive encore que Toulouse soit désignée par les érudits comme "la cité palladienne" :
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Le haut du portail a été sculpté par Geoffroy Jarry en 1561. On peut y voir notamment des esclaves entravés, pour symboliser la puissance de Toulouse en tant que capitale de la province du Languedoc (titre partagé avec Montpellier à partir de 1730 dès lors que cette dernière ville récupéra le siège jusqu'alors tournant des Etats du Languedoc, Toulouse demeurant le siège du Parlement provincial) :
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La devise en latin dit ceci : Hic Themis dat jura civibus, Apollo flores camoenis, Minerva palmas artibus, "Ici Thémis donne la loi aux citoyens, Apollon les fleurs aux poètes, Minerve les palmes aux artistes".
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Le reste de cette cour a été bâti entre 1602 et 1607 sur les plans de Pierre Souffron, une statue en marbre polychrome du roi Henri IV trône au-dessus du portail, elle est l'oeuvre de Thomas Hurtamat (ou Artamat), 1607, et est protégée par un auvent de style mudejar peint en 1610 par Pierre Fournier :
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Des blasons de capitouls ont été placés sur les galeries qui entourent la cour :
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Le portail occidental de la cour, datant de 1678, est l'oeuvre de Pierre Jalbert et Jean Verdilhac. Il ouvre vers la place du Capitole et est coiffé de deux figures représentant dame Tholose portant une brebis et Pallas Athéna protégeant Toulouse, oeuvres du sculpteur Philibert Chaillon. Dame Tholose est une allégorie représentant à la fois la femme toulousaine ordinaire, la Belle Paule et Clémence Isaure :
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Pour avoir osé lever sa bannière contre Richelieu, le puissant duc de Montmorency (gouverneur du Languedoc, cousin du roi) fut accusé de crime de lèse-majesté et décapité dans cette cour en présence du roi Louis XIII et de Richelieu en 1632. Il eut paraît-il cette phrase avant de mourir : "je ne sais pas chicaner ma vie". Quant à Louis XIII, qui voyait le peuple de Toulouse défiler sous ses fenêtres pour demander la grâce du duc, il s'exclama : "Ah ! Si je suivais les inclinations du peuple et des particuliers, je n'agirais pas en roi !":
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Toutes les peintures des salles du Capitole datent de la fin du XIXème/début XXème. Elles sont l'oeuvre d'artistes liés à Toulouse, qui avait la chance à cette époque d'avoir engendré ou adopté plusieurs peintres reconnus, à tel point qu'on parlait alors "d'école toulousaine". Elles mettent en scène l'histoire de Toulouse telle qu'on la percevait à la fin du XIXème siècle.


Au bas de l'escalier d'honneur, cette peinture représente le comte Raymond VI de Toulouse confronté à son excommunication, laissé à la porte de l'Eglise. Le comte fut en fait excommunié puis pardonné plusieurs fois. Habile politique, il parvint longtemps à retarder ou à retourner les sanctions du Pape à son égard. Mais le catharisme faisait trop peur à l'Eglise de Rome et la volonté manifeste du comte de ne pas se mêler d'affaires religieuses lui valut de mourir excommunié. Au moment de sa mort, le clergé de Toulouse qui voulait s'assurer de sa dépouille pour être certain qu'il ne serait pas enterré selon les rites catholiques fut pris de vitesse par les chevaliers hospitaliers qui comptaient parmi les amis du comte. La vie du comte Raymond VI ne parle plus à nos contemporains, mais il n'en a pas toujours été ainsi. On trouve ainsi une représentation du comte peinte sur un plafond de la cour suprême du Minnesota (John La Farge, 1903) ! Il y est montré - excusez du peu - en compagnie de Socrate, Confucius et Moïse, chacun représentant un aspect de la loi. Raymond VI y représente pour sa part "The Adjustment of Conflicting Interests" (l'ajustement d'intérêts conflictuels), entre autres parce qu'il fut avant l'heure un défenseur du principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat :
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La peinture ci-dessous représente la toute première session de l'Académie des Jeux floraux, la plus ancienne institution littéraire d'Europe. Elle portait jusqu'au début du XVIème siècle le nom de Consistori del Gay Saber (c'est à dire Consistoire du Gai Savoir). Créée par sept troubadours en 1323 pour encourager la poésie (occitane, au début), le vainqueur recevait une violette d'or. D'autres fleurs furent ensuite ajoutées à mesure que se développaient les concours. Bien plus tard Victor Hugo tirait fierté d'avoir été distingué par cette académie ; quant à Fabre d'Eglantine, il lui doit son nom.
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L'ancienne salle des mariages est décorée de peintures représentant l'Amour, oeuvre de Paul Gervais :
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La salle Henri Martin possède de lumineuses toiles de ce grand peintre :
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La salle des Illustres est inspirée de la Galerie Farnèse à Rome. On y trouve des représentations de divers fameux toulousains, d'évènements historiques ou d'allégories :
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Cette peinture représente le Pape Urbain II entrant dans la ville en 1096 pour y prêcher la 1ère croisade. Le soldat qui guide son cheval incarne le comte de Toulouse, Raymond IV (aussi connu comme Raymond de St-Gilles). Raymond IV fut l'un des chefs de la croisade, et pas le moindre : une fois celle-ci menée à bien il était favori pour devenir Roi de Jérusalem, honneur qui semblait bien devoir lui revenir eu égard à sa constance et au fait qu'il commandait le plus gros parti militaire. Mais soit par choix personnel, soit que des intrigues politiques l'en écartèrent, il préféra finalement aller se tailler un fief du côté de Tripoli, au Liban :
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Aux XIIème et XIIIème siècles le Catharisme s'implanta fortement dans la région, ce qui finit par inquiéter le pape qui lança la "Croisade des Albigeois". Le chef des croisés, Simon de Montfort, qui voulait devenir Comte de Toulouse à la place du Comte de Toulouse, périt écrasé par une pierre lancée par un trébuchet défendant la ville et manoeuvré par une femme, dit-on. Evénement qui est figuré sur ce tableau (si vous regardez bien vous verrez dans le fond la femme qui s'avance, en blanc, et la Mort dans le ciel prête à frapper le vil envahisseur). Mais cette victoire ne fit que retarder l'inéluctable : avant la fin du XIIIème siècle le catharisme était quasiment éradiqué et les terres des Comtes de Toulouse rattachées au Royaume de France.
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Paule de Viguier (1518-1610) passait pour être la plus belle femme de son temps. Le maréchal de Montmorency en faisait "une des merveilles de l'univers". A 15 ans, chargée d'accueillir avec des vers et des compliments le roi François 1er qui visitait la ville, elle fit forte impression sur le monarque qui lui donna le surnom de Belle Paule. On dit que les capitouls, sous la pression populaire, l'obligeaient à paraître deux fois par semaine à son balcon pour contenter la foule de ses admirateurs. C'est cette scène qui fut représentée ici par Henri Rachou en 1882, bien qu'on puisse douter de la ressemblance avec le modèle puisqu'aucun portrait de la belle ne nous est parvenu (et on peut en douter d'autant plus qu'on sait qu'elle était blonde, sa famille étant d'origine normande). Paule devint par la suite une véritable mécène pour les arts toulousains de la Renaissance, accueillant dans son hôtel poètes, écrivains et chanteurs. Notons accessoirement qu'elle a donné son nom à plusieurs bateaux de guerre français, sous l'appellation "Belle poule".
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La salle du conseil municipal :
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Derrière le Capitole demeure un bâtiment de l'ancien Capitole, il s'agit d'une tour du XVIème siècle, appelée à tort donjon, qui accueillait autrefois les réunions privées des capitouls sous le nom de Petit consistoire, ainsi que les archives de la ville à l'étage. Elle abrite désormais l'office du tourisme. Eugène Viollet-le-Duc, avec sa fertile créativité habituelle (sans doute trop peu respectueuse des traditions locales...), la restaura au XIXème siècle en la coiffant d'un beffroi flamand !
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Dans les cartouches de pierre il y avait des blasons de capitouls martelés à la Révolution. En-dessous une inscription en latin est gravée dans la pierre : FIEBAT ANNO CHRISTIANAE SALUTIS MDXXV IDIBS NOVEBR NOBILIBUS PREINSIGNITIS CAPITOLINIS DECURIONIBUS, qui signifie "A été fait l'année du salut 1525, aux ides de novembre, par les nobles et très distingués magistrats du Capitole".
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Le Parlement de Toulouse

Pendant la guerre de 100 ans, Toulouse et le Languedoc furent un soutien essentiel et sans faille du royaume, en première ligne contre les menées expansionnistes anglaises venues d'Aquitaine puis dans la reconquête de celle-ci. En 1418 dans un contexte de controverse très difficile, le ralliement du Languedoc au futur roi Charles VII assura à ce dernier une base solide propre à lui assurer le trône en 1422 à la mort de son père (ce dernier, atteint de folie et sous influence du duc de Bourgogne, l'avait déshérité au profit de la dynastie anglaise des Plantagenêts).

Aussi Charles VII était-il tout disposé à accorder la faveur d'un parlement aux Etats de Languedoc lorsque ceux-ci le réclamèrent. D'autant que cette création répondait à un besoin : le sud de la France était une terre où l'on parlait la langue d'oc, et non la langue d'oïl comme dans le nord, et surtout il était régi par le droit romain écrit, alors que le nord du pays obéissait au droit coutumier oral des Francs. Tout cela faisait du Parlement de Paris une instance peu pratique pour rendre la justice (en appel) dans la France méridionale. A sa création le Parlement de Toulouse étendait son influence de l'Atlantique au Rhône et des Pyrénées au Massif central, soit bien au-delà des limites de la seule province de Languedoc.

Le Parlement de Toulouse fut donc créé en 1420, supprimé en 1428 suite à des intrigues du Parlement de Paris réuni à Poitiers (Paris était alors aux mains des Anglais), puis recréé en 1443.

Il avait compétence en dernier ressort sur les affaires judiciaires mais aussi économiques, politiques, administratives... aucune disposition légale ne pouvait s'appliquer dans le Midi de la France sans avoir été enregistrée par le Parlement, il se mêlait donc d'un peu tout et défendait les intérêts du roi avec beaucoup de zèle, du moins à ses débuts car par la suite il devint plus rétif et s'autorisa parfois un droit de remontrance à l'égard du monarque ! Il dut être considéré comme une réussite car d'autres parlements provinciaux furent ensuite créés, en particulier le Parlement de Bordeaux en 1462 qui l'amputa d'une partie de son territoire à l'ouest. Voir la carte des parlements de France en 1789.

La création du Parlement eut fatalement pour conséquence la diminution de l'importance du capitoulat, puisqu'il concentrait désormais dans ses mains des pouvoirs auparavant dévolus aux consuls municipaux. Il était de tradition que chaque année les capitouls offrent des cadeaux aux présidents, conseillers, gens du roi ainsi qu'aux principaux avocats. Une véritable dépense pour la ville quand on songe que le nombre des membres du Parlement s'élevait à plus de cent.

Etre parlementaire ne faisait pas votre fortune - en fait il était même nécessaire d'être déjà riche au préalable puisqu'il fallait acheter sa charge au roi - mais c'était appartenir à une classe de noblesse de robe très prestigieuse : "ce second sénat du royaume" avait même écrit un chroniqueur du XVIème siècle. Le Premier président marchait en tête de toutes les processions en ville, et la rentrée parlementaire était chaque année un événement à Toulouse. Y assistaient en grande tenue les ducs et pairs, les gouverneurs de la province, les prélats, évêques et vicaires, les trésoriers généraux... et bien d'autres dont les capitouls.

La ville conserve encore des témoignages du faste des parlementaires sous la forme d'un grand nombre d'hôtels particuliers, et si au XVIème siècle ceux-ci sont un peu moins nombreux que ceux des capitouls, ceux des siècles suivants forment l'essentiel de la collection de ces demeures privées de grand style.

Quant au Parlement de Toulouse lui-même, remplacé à la Révolution par le Palais de Justice, bien que les bâtiments actuels datent surtout des XIXème, XXème et XXIème siècles il en reste tout de même quelques vestiges intéressants.

Le Parlement

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Cette sculpture faite dans la brique est intéressante car elle dément les propos que j'ai tenus dans la rubrique "la brique toulousaine" en avançant que celle-ci ne se sculptait pas comme la pierre... Il s'agit cependant d'une exception que l'on doit à Jacques-Jean Esquié (deuxième moitié du XIXème siècle). Elle permet de comprendre pourquoi la sculpture de la brique ne fut guère pratiquée : les têtes de lion sont difficiles à distinguer et par conséquent peu spectaculaires, à l'inverse du livre et de l'épée dont les formes plus simples ressortent bien. Voilà pourquoi on fait la distinction, peut-être un peu arbitraire, entre la taille et la sculpture pour la brique.
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Les arcs brisés du XVème siècle de la grand'chambre ont été mis en valeur dans le hall d'accueil :
Le Parlement

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L'intérieur de la grand'chambre et son plafond à caissons (XVème siècle mais refaite vers 1830). On y trouve un obélisque commémorant le rétablissement des parlements en 1775 par Louis XVI après leur suspension par le chancelier Maupéou :
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Des sondages ont révélé que sur les caissons les peintures originelles du XVème siècle sont toujours en bon état sous le décor actuel, elles représentent des animaux fantastiques, des salamandres, des portraits... peut-être un jour aura-t-on la chance de les voir à nouveau ? :
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Une partie du mur d'enceinte médiéval auquel était adossé le Parlement a été conservée dans le hall :
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Dans la crypte archéologique se trouvent les fondations du Château narbonnais, résidence des comtes de Toulouse depuis 1155. Comme les comtes rendaient la justice en leur château, on peut donc établir que ce lieu sert à ce même usage depuis le XIIème siècle au moins. On trouve aussi dans cette crypte les fondations de la Porte narbonnaise, vestiges de la ville romaine :
Le Parlement

Au moins deux autres chambres du XVIIème siècle ont un intérêt historique : le salon doré et le salon d'Hercule, qui valent par leurs remarquables plafonds à caissons sculptés. Je n'en ai pas de photos personnelles car elles sont fermées au public mais on peut les admirer, ainsi que d'autres salles patrimoniales, dans une très intéressante visite guidée : lien (film de 9 minutes du Ministère de la Justice).

Je mets ici quelques copies d'écran tirées de ce petit film pour ceux d'entre-vous qui n'auraient pas le temps de le regarder (ce qui serait dommage) :

Le plafond du salon doré :
Le Parlement

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Le plafond du salon d'Hercule :
Le Parlement

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