Université et collèges

Fondée en 1229, une vingtaine d'années seulement après la Sorbonne, l'Université de Toulouse est l'une des plus anciennes d'Europe. C'est son enseignement en droit qui fit sa réputation, une spécialisation qui dura jusqu'au XIXème siècle et attira de prestigieux humanistes... Un proverbe du XVIème siècle illustre sa renommée : « Paris pour voir, Lyon pour avoir, Bordeaux pour dispendre et Toulouse pour apprendre. »

Les débuts

En 1229, au sortir de la croisade des Albigeois, le roi de France et le pape obligèrent le comte Raymond VII à appointer 14 professeurs : un enseignement de théologie notamment devait être dispensé pour finir d'éradiquer le catharisme et éloigner les risques d'une nouvelle hérésie. Mais très vite c'est en droit que se spécialisa l'Université de Toulouse.

Précisons toutefois que bien que l'Université de Toulouse revendique le rang de 2ème plus vieille université de France après celle de Paris, l'Université de Montpellier lui conteste l'antériorité car si elle ne fut fondée officiellement qu'en 1289, c'est dès 1220 qu'elle fut reconnue par le pape. Tout dépend donc des critères retenus... sans compter que dans ces villes des enseignements existaient évidemment avant la fondation d'une université.

Tout au long du XIVème siècle, alors que la papauté avait quitté Rome pour Avignon et qu'une lignée de papes issus du sud de la France avait pris place sur le trône de Saint-Pierre, l'Université toulousaine fut pour la curie avignonnaise un gros vivier de juristes maîtrisant le droit romain et parlant la langue d'oc. De nombreux cardinaux et même quelques papes furent issus de ses rangs (Urbain V et Innocent VI en tant qu'étudiants, Jean XXII en tant qu'enseignant).

Au XVème siècle la papauté s'en étant retournée à Rome c'est le Parlement de Toulouse - qui avait compétence à sa création en 1443 sur tous les territoires français de langue d'oc - qui constitua alors le débouché principal pour ses diplômés.

La faculté de théologie quant à elle, qui rappelons-le avait été à l'origine de la création de l'Université, n'avait pas disparu et compta au XVIIème siècle parmi ses élèves deux futurs saints : Vincent de Paul et Jean-François Régis. Des papes, des saints... tout cela montre que pendant longtemps l'Université fut très liée à l'Eglise.




Les collèges

Comme ce fut souvent le cas pour les universités médiévales, et contrairement à notre époque, il n'existait alors pas de bâtiment spécifiquement construit pour accueillir les salles de cours. Les professeurs louaient généralement des salles où ils dispensaient leur enseignement à des élèves peu nombreux. Souvent l'enseignement était donné par des religieux qui utilisaient alors une salle de leur couvent. De ce fait il n'existe pas à Toulouse de bâtiment médiéval dont on pourrait dire "voilà où fut le siège historique de l'Université de Toulouse". Toutefois du fait que les premiers professeurs furent des moines dominicains, le monument qui se rapproche sans doute le plus de cette définition est le couvent des Jacobins, mais son rôle et son symbolisme dépassèrent largement le cadre de l'Université et on ne peut évidemment pas considérer qu'il fut construit pour elle ni qu'il lui fut dédié. De ce fait les plus anciens bâtiments spécifiquement liés à l'Université de Toulouse sont des collèges, établissements destinés à l'hébergement des étudiants que l'on retrouve dans la plupart des villes universitaires médiévales.

Mais remontons à l'origine de ces collèges : dès les débuts de l'Université les étudiants furent placés sous la protection de l'archevêque et du roi, ce qui leur donnait un sentiment d'impunité vis à vis des autorités locales à l'origine de plusieurs troubles ayant défrayé la chronique : en 1331 par exemple un étudiant nommé Bérenger de Penne mutila un capitoul, son emprisonnement puis son exécution furent jugés illégaux et cette crise conduisit à rien moins que la suspension du capitoulat par le roi ! Suspension provisoire car les Toulousains tenaient à leur institution et rachetèrent au prix fort ce droit au roi, toujours à court d'argent.

Devant l'exaspération du peuple toulousain à l'encontre de ces étudiants tumultueux il convenait de pacifier la situation. Sous l'impulsion notamment de prélats avignonnais, le même modèle qu'à Paris fut appliqué : de riches donateurs fondèrent des collèges, souvent destinés aux étudiants de leur région, et subvinrent aux besoins des étudiants à condition qu'ils en respectent les règles. Ces collèges fournissaient le gîte, le couvert, généralement une bibliothèque (ce qui n'était pas rien à une époque où l'imprimerie n'existait pas) mais n'assuraient que rarement les cours eux-mêmes.

Plus d'une vingtaine de ces collèges furent fondés à l'époque médiévale dans le quartier latin de Toulouse, "le bourg" autour de la basilique Saint-Sernin, il n'en reste de nos jours qu'une poignée et leur affectation a bien évidemment changé. Faisons donc un petit tour photographique de ces "survivants".


Répartition géographique des collèges survivants :

La répartition des collèges


Le collège de l'Esquile

Il est actuellement séparé en deux parties avec cour, la première rue du Taur et la deuxième rue des Lois et rue de l'Esquile.

Créé en 1417, il a été "refondé" et reconstruit vers 1550 en absorbant 8 vieux collèges.

Au 69 rue du Taur se trouve le portail Renaissance de ce collège, réalisé par Nicolas Bachelier en 1556. Notez le décor de "trous de vers" censé donner une impression d'ancienneté et de persistance alors même qu'il était neuf... il s'agissait de marquer l'ancienneté de l'Université toulousaine et de ce collège :
Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Entre les masques se trouvaient des blasons de capitouls, bûchés à la Révolution :
Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Rue des Lois et rue de l'Esquile, deux beaux portails de brique et de pierre donnent accès à une vaste cour centrale arborée. Ce premier portail date de 1702 :
Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Le deuxième portail, du XXème siècle, a été bâti dans le style de son voisin de 1702 :
Le collège de l'Esquile

Les arcades de la cour datent de 1678 :
Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

Le collège de l'Esquile

L'escalier de 1750 :
Le collège de l'Esquile

Ce cartouche de 1583 célèbre probablement une étape importante dans la vie du collège :
Le collège de l'Esquile


Le collège de Périgord

Egalement situé rue du Taur ce collège date du XIVème siècle avec une partie, la tour Maurand, du XIIème siècle. Il fut fondé en 1360 par Hélie de Talleyrand-Périgord, évêque de Limoges. Les façades sur la vaste cour furent refaites au début du XIXème siècle, à l'exception toutefois d'une partie ayant conservé une galerie en bois d'origine. Le portail du début du XXème siècle est une réplique de celui Renaissance du collège de l'Esquile situé en face, rappelant la destination commune de ces deux collèges universitaires.

Le collège de Périgord

Le collège de Périgord

Le collège de Périgord

Le collège de Périgord

Le collège de Périgord

Le collège de Périgord

Le collège de Périgord

La galerie en bois du XIVème siècle :

Le collège de Périgord

La rue du Taur devant le collège de Périgord avec, presque face à face, les portails de Périgord (à gauche) et de l'Esquile (à droite) :
La rue du Taur

Le collège de Périgord


Le collège Saint-Raymond

Ce bâtiment qui abrite de nos jours le Musée des Antiques et ses belles collections romaines a commencé par être un hôpital du XIème siècle, voisin et contemporain de la basilique Saint-Sernin dont il était une dépendance, et initialement destiné aux pauvres et aux pèlerins faisant le chemin de Compostelle par la via Tolosane. Il doit son nom à son fondateur, saint Raymond Gayrard, chanoine de Saint Sernin. Dès 1233 sa destination changea et il devint l'un des tout premiers collèges toulousains, réservé aux étudiants pauvres. Le beau bâtiment actuel date de 1523, il est l'oeuvre de Louis Privat (architecte également de la cour Renaissance de l'hôtel de Bernuy quelques années plus tard), et ses façades furent partiellement restaurées par Viollet-le-Duc au XIXème siècle (le toit également a dû être rehaussé car il n'est plus au niveau des gargouilles).

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond

Le collège Saint-Raymond


Le collège de Foix

Ce collège fut fondé en 1457 par l'archevêque de Toulouse Pierre de Foix.

Le plus grand bâtiment est d'origine (XVème siècle), à l'exception d'un dernier étage de mirandes ajouté au XVIIème siècle. Il est appelé "le donjon" ou encore "le dôme" mais ce sont des surnoms peu usités par les Toulousains, et ce d'autant moins qu'ils évoquent également d'autres monuments toulousains plus connus. C'est à l'excellence du travail du maître-maçon Jean Constantin, également auteur de la flèche de Saint Sernin et de la voûte de Saint Nicolas, que ce bâtiment doit d'avoir pu traverser les siècles.
Le collège de Foix

Le collège de Foix

Le collège de Foix

La chapelle n'a pas de caractère remarquable, autrefois son espace était occupé par les cuisines au rez-de-chaussée et la bibliothèque du collège à l'étage. Fameuse bibliothèque d'ailleurs qui appartenait au cardinal Pierre de Foix, dont le fonds très riche fut racheté pour une bouchée de pain par Colbert puis reversé à la BNF :
Le collège de Foix

Voûte peinte :
Le collège de Foix

Le collège de Foix

Voilà le jardin qui se cache derrière ce mur de la rue des Lois qui doit intriguer plus d'un passant :
Le collège de Foix

L'ancien cloître :
Le collège de Foix

Le collège de Foix

Le collège de Foix

Le collège de Foix

Les bâtiments sont depuis 1817 la propriété des religieuses de Notre Dame de la Compassion.
Le collège de Foix




Les bâtiments d'enseignement

Au tout début de l'Université l'enseignement était dispensé par des religieux, notamment les dominicains. Le couvent des Jacobins, bien qu'alors au tout début de sa construction, pourrait ainsi être considéré chronologiquement comme le premier lieu d'enseignement de l'Université. Son clocher reçut la cloche unique de l'Université des Dominicains qui sonnait la reprise des cours.

Un autre bâtiment historique est l'hôtel de Bernuy (XVIème siècle). Pendant deux siècles (de 1566 à 1762) les Jésuites l'utilisèrent pour y dispenser leur enseignement en droit, ils y formèrent de nombreux parlementaires.

Toutefois aucun de ces deux prestigieux bâtiments historiques n'avait pour vocation d'origine de dispenser l'enseignement, c'est pourquoi vous trouverez leur description dans les rubriques "Les édifices religieux" pour l'un et "Les hôtels particuliers" pour l'autre.

Les autres bâtiments historiques d'enseignement ayant survécu jusqu'à nos jours ne datent que de la deuxième moitié du XIXème siècle.


Les Jacobins

Le couvent des Jacobins

L'hôtel de Bernuy

L'hôtel de Bernuy


Les bâtiments des facultés de droit et des lettres

Faculté de droit

Faculté de droit

Faculté de droit

Faculté de droit

Faculté de droit

Faculté de droit

Faculté de droit

Faculté de droit


La cité des sciences sur les allées Jules Guesde

C'est à la fin du XIXème siècle que la vocation scientifique de Toulouse commença à s'affirmer. Sous l'impulsion de Jean Jaurés notamment (alors adjoint au maire) des locaux flambant neufs furent inaugurés en 1891 sur les allées pour abriter la faculté des sciences puis celle de médecine et de pharmacie. C'est dans ces locaux que travailla et enseigna Paul Sabatier, prix nobel de chimie en 1912, qui donna une impulsion décisive à l'enseignement scientifique toulousain. Dès 1920 les étudiants en science étaient deux fois plus nombreux que ceux en droit, malgré sa modernité la faculté des sciences allait vite être à l'étroit dans ces locaux et se voir obligée de déménager sur le campus de Rangueil.

L'ancienne faculté de médecine et de pharmacie :
Faculté des sciences

Faculté des sciences

Faculté des sciences

L'ancienne annexe de la faculté de pharmacie (un peu plus tardive : 1er quart du XXème siècle) :
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Récemment rénovées pour former le nouveau "Quai des savoirs", l'ancienne faculté des sciences et son annexe :
Faculté des sciences

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Faculté des sciences

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L'annexe ouverte en 1903 :
Faculté des sciences

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Avec les lettres UT entrecroisées (pour Université de Toulouse) :
Faculté des sciences

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La Manufacture des Tabacs

S'il y avait eu une rubrique sur les bâtiments industriels la manufacture des tabacs y aurait évidemment été plus à sa place. Mais faute d'une telle rubrique je choisis de vous la montrer dans celle-ci, ma mince justification tenant à son rattachement récent à l'Université de Toulouse et à l'excellence de son enseignement sanctionnée en 2014 par le prix nobel d'économie de Jean Tirole. Toutefois ne boudons pas notre plaisir, c'est un beau bâtiment dont l'époque de construction (1888 à 1893) est semblable à celle de la faculté des sciences vue ci-dessus, on ne s'étonnera donc pas d'y retrouver un air de ressemblance architecturale.

Avant son installation à cet endroit entre canal de Brienne et Garonne elle était située depuis la première moitié du XIXème siècle près de la Daurade dans ce qui est maintenant l'école des Beaux Arts.

En importance elle fut la deuxième manufacture des tabacs de France, comptant prés de 2000 ouvriers à son apogée (souvent des femmes). Elle arrêta son activité en 1979.

Notez sur la façade la répétition du monogramme MT (pour Manufacture des Tabacs) semblable au monogramme UT vu sur le bâtiment précédent :
Faculté des sciences

Faculté des sciences

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Toute la manufacture est faite d'une intéressante composition de briques jaunes et rouges :
Faculté des sciences

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