L'hôtel d'Assézat

L'hôtel d'Assézat a la réputation d'être l'un des plus beaux hôtels particuliers d'Europe. Il est le symbole de ce que fut « l'âge d'or du pastel » à Toulouse au XVIème siècle.

Il était grand temps que Pierre d'Assézat se décidât à construire son hôtel, car quelques petites années plus tard le commerce du pastel s'effondrait sous le double effet de la concurrence de l'indigo et du début des guerres de religion. A tous les égards il constitue donc le clou de cette période dorée de l'architecture privée toulousaine.

Pierre d'Assézat fit fortune dans le commerce du pastel et entama la construction de son hôtel en 1555. Elu capitoul en 1552 (puis également en 1562), anobli, rien ne paraissait devoir ébranler sa bonne fortune. Malheureusement pour lui l'époque tourna aux guerres de religion, et ce bourgeois protestant connut bien des difficultés à récupérer son hôtel après en avoir été spolié.

L'architecte de cet hôtel passe pour avoir été Nicolas Bachelier, un homme "universel" comme la Renaissance en produisait : à la fois architecte, sculpteur, ingénieur... un artiste starifié, comme on dirait de nos jours, auquel on a prêté la réalisation de beaucoup d'oeuvres Renaissance à Toulouse... trop peut-être. Il est impossible en effet de savoir si Bachelier fut effectivement l'architecte de l'hôtel d'Assézat, même si l'on retrouve son nom sur un bail à besogne. Signe que les extraordinaires façades sur cour mettant en oeuvre les trois ordres classiques (ionique, dorique et corinthien) avaient marqué les esprits, des historiens avaient également envisagé comme architecte Pierre Lescot, l'auteur de la cour carrée du Louvre, et même le Primatice. Il est possible que ce ne soit aucun des trois grands noms évoqués (en tout cas probablement pas les deux derniers), mais quel qu'ait été l'architecte de cet hôtel unique en son genre à Toulouse, il avait certainement eu connaissance des principes posés par le célèbre architecte italien de la Renaissance : Sebastiano Serlio.

A ce stade il est temps d'ouvrir une parenthèse sur une autre personnalité toulousaine : Alexandre Dumège (1780 - 1862). Cet historien et archéologue fut un personnage controversé, son manque de rigueur scientifique - pour ne pas parler d'une certaine malhonnêteté intellectuelle occasionnelle - nuisit à sa réputation. Il fit néanmoins beaucoup pour le patrimoine toulousain, ce fut lui notamment qui récupéra les chapiteaux des cloîtres romans détruits au début du XIXème siècle et les conserva au musée des Augustins (cloîtres de Saint-Sernin, Saint-Etienne, la Daurade...). Pour ce qui touche à l'hôtel d'Assézat, Dumège promut l'idée que Nicolas Bachelier en était l'architecte, ce qui demeure incertain comme on l'a vu. Dans son enthousiasme Dumège prétendit aussi que Bachelier avait été l'élève de Michel Ange lors de sa formation à Rome au début du XVIème siècle, alors qu'aucune source ne corrobore cette affirmation. Cette double fantaisie de Dumège, longtemps prise pour argent comptant par les Toulousains, allait sauver l'hôtel quelques décennies plus tard lors du percement de la rue de Metz. Les plans initiaux du tracé sacrifiaient en effet ce joyau du patrimoine toulousain, puis l'on s'avisa qu'il était éthiquement impossible de détruire "l'oeuvre principale" du "Michel Ange toulousain"... comme quoi d'un mal peut sortir du bien !

Pierre d'Assézat aurait voulu son hôtel deux fois plus grand mais son voisin refusa obstinément de lui vendre son lot, malgré des offres toujours plus tentantes. En désespoir de cause il fallut fermer la cour par un mur, orné d'une superbe coursière que l'on doit à Dominique Bachelier, fils de Nicolas (décédé en 1556).

L'hôtel d'Assézat fut restauré dans les années 1990, à cette occasion un enduit peut-être un peu trop clair fut appliqué sur les murs, de sorte que le jeu de la brique et de la pierre est devenu peu visible à certains endroits. En 1994 c'est cet hôtel que choisit le collectionneur d'art argentin Georges Bemberg pour accueillir sa fondation. Il est surprenant de trouver une aussi riche collection de maîtres dans une ville comme Toulouse et non dans une grande capitale où elle aurait trouvé plus de public, mais Bemberg tenait absolument à ce que l'hôtel d'Assézat lui serve d'écrin, le visionnage d'une vidéo de l'INA où il évoque ce choix est d'ailleurs quelque peu émouvant pour tout amateur du patrimoine toulousain : "C'était ça, ou rien".

Désormais propriété de la ville, l'hôtel abrite en plus de la fondation Bemberg les vénérables sociétés savantes et académies de Toulouse (dont deux des trois anciennes académies royales que comptait la ville). Parmi elles la plus vieille société littéraire d'Europe, et sans doute du monde, créée en 1323 : l'Académie des Jeux floraux.


L'hôtel d'Assézat

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La coursière :
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Détail des masques "à l'antique" sur les clés d'arc de la loggia et les consoles de la coursière :
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Des gousses ornent le côté des consoles. La légende les présente comme représentant des feuilles de pastel, alors que celles-ci ne ressemblent pas à ça :
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Sous la corniche des mufles de lion font office de gargouilles :
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La loggia :
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Dans la loggia a été installé un bronze copié sur le Grand guerrier du monument aux morts de Montauban (Antoine Bourdelle, fin XIXème siècle, collection Bemberg) :
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Les deux belles sculptures de lions décorant l'entrée de la loggia ne font pas partie de l'hôtel mais proviennent de la collection Bemberg (origine : Sienne) :
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Petit tour à l'intérieur de l'hôtel, du côté de la Fondation Bemberg où les photos sont désormais autorisées (mais je ne montrerai pas les collections en détail, sauf exception) :
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Le portail donnant sur la rue :
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Détail des décorations du portail. Notez la représentation d'Indiens d'Amérique, il était de bon ton pour un homme cultivé de montrer qu'il s'intéressait aux nouvelles du monde :
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Elfe ou indien ? :
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Le heurtoir de la porte :
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