Les hôtels de parlementaires du XVIème siècle

Les hôtels de parlementaires sont généralement situés au sud de la rue de Metz, non loin du Parlement qui était à l'emplacement de l'actuel tribunal de justice.



L'hôtel d'Ulmo

15 rue Ninau.

Construit entre 1526 et 1536 pour Jean d'Ulmo, président à mortier au Parlement et corrompu notoire qui finit pendu. Cet hôtel fut le premier à Toulouse à adopter un escalier Renaissance (escalier droit et non plus à vis). Son beau baldaquin de marbre est plus tardif.

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

La devise de Jean d'Ulmo gravée dans la pierre : DURUM PACIENTIA FRANGO, "Ma patience triomphe de tout".
L'hôtel d'Ulmo

Madame d'Ulmo avait manifestement un parfait profil grec...
L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo

L'hôtel d'Ulmo



Hôtel de Bagis

25 rue de la Dalbade, 1538. Aussi appelé hôtel de pierre, hôtel de Clary, hôtel Daguin.

Je ne montrerai ici que la façade sur cour du XVIème siècle, les autres parties de l'hôtel seront montrées dans une autre rubrique (ou suivre ce lien).

Cette façade fut élevée pour le conseiller au parlement Jean de Bagis par l'architecte Nicolas Bachelier. Si elle peut paraître quelconque à l'oeil non averti au regard des autres éléments maniéristes de l'hôtel, postérieurs de plusieurs décennies, elle marque pourtant une nouvelle étape dans la Renaissance toulousaine. L'architecte laisse ici de côté l'accumulation décorative pour se concentrer sur la régularité de la façade et des percements, ainsi que sur la distribution intérieure avec l'escalier monumental établi en oeuvre et au centre de la composition.

Ouvrant sur l'escalier, le portail aux atlantes attribué à Nicolas Bachelier par l'historiographie toulousaine semble en réalité avoir été édifié en même temps que le reste de la cour, au début du XVIIème siècle, on l'abordera donc plus tard.

L'hôtel de Bagis

Les fenêtres savantes "à l'antique" sont conçues comme autant de petits monuments isolés présentant l'ordre dorique.
L'hôtel de Bagis



Hôtel de Mansencal

1 rue Espinasse.

Président au Parlement de Toulouse, Jean de Mansencal fit bâtir son hôtel entre 1527 et 1550. L'hôtel souffrit beaucoup d'avoir été racheté par les dominicains au XIXème siècle, qui en démolirent une grande partie pour construire une chapelle (également détruite depuis). Il a conservé toutefois une des plus belles tours de la ville, haute de 30 mètres. Dommage que l'étroitesse de la rue ne laisse que peu de recul pour l'admirer.

L'hôtel de Mansencal

L'hôtel de Mansencal

L'hôtel de Mansencal

L'hôtel de Mansencal

L'hôtel de Mansencal

Et voici l'arrière de cet hôtel de Mansencal (vers 1550), photos prises depuis la cour de l'école St Thomas d'Aquin :
L'hôtel de Mansencal

Il faut l'imaginer propre et avec ses cinq travées d'origine, et non pas seulement deux comme aujourd'hui, pour comprendre l'effet qu'il produisit sur ses contemporains et pendant des siècles. On ne s'étonnera donc pas qu'il ait été considéré comme un des grands hôtels toulousains de la Renaissance. Cette façade arrière n'est en effet pas sans rappeler celles de l'hôtel d'Assézat, avec lesquelles elle partage notamment l'élévation des trois ordres classiques (ordre ionique, ordre dorique, ordre corinthien). Une illustration d'époque de Mazzoli donne un aperçu de son allure passée (le Vieux Toulouse disparu) :
L'hôtel de Mansencal

L'hôtel de Mansencal

L'hôtel de Mansencal

L'hôtel de Mansencal

Pour la première fois apparaît l'ambition de constituer une façade entière à l'ordonnance rigoureuse mettant en oeuvre les ordres classiques, annonçant celles de l'hôtel d'Assézat. Ici les arcades et pilastres sont cependant taillés dans la brique, alors que la pierre sera utilisée à l'hôtel d'Assézat.
L'hôtel de Mansencal



Hôtel Potier-Laterrasse

10 rue Ozenne. Fin 16ème ou début 17ème.

Il reste quelques belles arcades d'origine de cet hôtel, intégrées à un bâtiment plus récent. Élévation des ordres dorique et ionique sur les pilastres cannelés de la façade.

L'hôtel Potier-Laterrasse

L'hôtel Potier-Laterrasse

L'hôtel Potier-Laterrasse

L'hôtel Potier-Laterrasse

L'hôtel Potier-Laterrasse

L'hôtel Potier-Laterrasse

L'hôtel Potier-Laterrasse



Hôtel de Baderon-Maussac

8 bis rue Ozenne. Donné pour la fin du 16ème siècle par certaines sources, alors que d'autres le datent de 1606 (17ème siècle donc...).

Une belle tour et son toit d'ardoise nous restent de cet hôtel.

Hôtel de Baderon-Maussac

Hôtel de Baderon-Maussac

Hôtel de Baderon-Maussac



Hôtel de Tournoer

9 rue Ozenne, aussi connu comme hôtel de Dahus, hôtel de Roquette, hôtel de Loubens.

Une partie de cet hôtel date du XVème siècle et de sa construction par le capitoul Pierre Dahus. La tour fut érigée en 1532 par le président du Parlement Paul Tournoer et cache paraît-il le plus bel escalier Renaissance à vis de la ville. La présence de (faux) créneaux et mâchicoulis ne répond à aucune nécessité défensive, il s'agit d'une marque de seigneurie utilisée comme un symbole. A cette époque l'architecte devait composer à la fois avec les codes de la Renaissance et avec une quête d'honorabilité qui imposait certaines traditions.

Hôtel de Tournoer

Hôtel de Tournoer

Hôtel de Tournoer

Ces deux lions encadrent une urne funéraire, sans doute en mémoire du fils du propriétaire dont on sait que le décès affecta beaucoup son père :
Hôtel de Tournoer

Une devise en latin est inscrite sur la tour : ESTO MIHI DOMINE TURRIS FORTITUDINIS A FACIE INIMICI, « Sois pour moi, Seigneur, une tour de courage face à l'ennemi ».
Hôtel de Tournoer

Hôtel de Tournoer

Hôtel de Tournoer

Hôtel de Tournoer



Hôtel de Pins

46 rue du Languedoc. Aussi appelé Hôtel Antonin. Construit dans les années 1530.

L'hôtel fut bâti par Jean de Pins, conseiller au Parlement de Toulouse, évêque de Pamiers puis de Rieux. Ce prélat humaniste fameux avait effectué plusieurs ambassades en Italie pour François Ier, il entretint notamment des correspondances avec Erasme et Etienne Dolet pourtant mal vus par l'Eglise. En 1542, l'hôtel fut acquis par Jean de Nolet qui fit travailler Nicolas Bachelier à son agrandissement. Puis l'hôtel fut pratiquement démoli lors du percement de la rue du Languedoc à la fin du XIXème siècle, mais ses belles galeries à arcades ont été remontées en fond de cour.

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Les portraits en médaillon qui décorent un certain nombre d'hôtels particuliers Renaissance de la ville sont une évocation des médailles et monnaies antiques que collectionnaient les humanistes toulousains. Ils représentent généralement le propriétaire et sa famille.
Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Hôtel de Pins

Au niveau de la corniche des mufles de lions servent de gargouilles :
Hôtel de Pins

L'hôtel de Pins est l'un des premiers hôtels de Toulouse à avoir eu des chapiteaux faisant directement référence aux ordres d'architecture, en ce cas l'ordre ionique, tiré de l'édition du traité de Vitruve publiée par Cesariano en 1521. Il est probable que Jean de Pins avait eu connaissance de cette édition alors qu'il était en poste à Milan. Toutefois réaliser correctement la volute d'un chapiteau ionique nécessitait des connaissances mathématiques qui ne semblent pas avoir été employées ici, il était sans doute encore un peu tôt pour cela au début des années 1530 à Toulouse.
Hôtel de Pins

Hôtel de Pins
(Illustration tirée de l'exposition "Toulouse Renaissance" - 2018)



Hôtel Thomas de Montval

22 rue Croix-Baragnon.

Cet hôtel n'est pas du XVIème siècle mais du début du XXème. Toutefois ses éléments les plus notables (arcades, médaillons) viennent de l'hôtel de Pins vu ci-dessus, et plus précisément de la partie détruite par le percement de la rue du Languedoc dont plusieurs éléments Renaissance ont été réemployés ici. Certains médaillons sont l'oeuvre de Nicolas Bachelier.

Photos de la cour.

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval

Hôtel de Montval



Hôtel de Buet

5 rue de la Pomme. Aussi connu comme hôtel de Guillaume de Bernuy (ne pas confondre avec l'hôtel de Bernuy, propriété de son père). Construit vers 1544.

C'est pour Guillaume de Bernuy, fils du célèbre marchand de pastel Jean de Bernuy, que Nicolas Bachelier édifia un nouveau corps de logis pour cet hôtel en 1544. Guillaume de Bernuy ne suivit pas les traces de son père dans le négoce mais fit carrière au Parlement, tout comme d'ailleurs les descendants de Pierre d'Assézat un peu plus tard, ce qui illustre le fait qu'il n'était sans doute rien de plus prestigieux à Toulouse que de devenir parlementaire.

La travée de l'escalier à rampes droites est signalée par un portail monumental, morceau de bravoure devenant le rival ou le suppléant de la tour d'escalier dans son rôle honorifique. Colonnes doriques jumelées sur l'angle, chapiteaux doriques s'inspirent de la version antique la plus sophistiquée de cet ordre : celle de la basilique Aemilia à Rome.
Hôtel de Buet

La fenêtre supérieure fait partie de la composition, encadrée de colonnes corinthiennes et de deux grands ailerons à volutes feuillagées. Les armes de Bernuy étaient sculptées dans un chapeau de triomphe et lisibles depuis le pied du portail (elles ne paraissent plus très visibles, sans doute martelées à la Révolution).
Hôtel de Buet

Hôtel de Buet

Hôtel de Buet

Bachelier a également sophistiqué la formule de la fenêtre "à l'antique" élaborée à l'hôtel de Bagis. Aux colonnes doriques surmontées de triglyphes étirés sont ajoutés des ornements maniéristes (cuirs découpés, masques...) développés dans les années 1530-1540 dans les décors intérieurs des châteaux royaux de Fontainebleau et de Madrid (ce dernier, désormais disparu, n'était pas un château en Espagne mais se trouvait dans le bois de Boulogne) et diffusés par des graveurs tel Jacques Androuet du Cerceau.
Hôtel de Buet

Hôtel de Buet

Hôtel de Buet



Hôtel de Lamamye (ou la Mamye)

31 rue de la Dalbade.

A côté d'une belle tour gothique en brique, la galerie Renaissance (vers 1540) en pierre blanche de cet hôtel serait la première manifestation à Toulouse de l'élévation des trois ordres antiques superposés remis à l'honneur par la Renaissance : dorique en bas, ionique au milieu, et corinthien en haut. Les arcades des galeries ont été fermées ultérieurement. Photos de la cour.

Hôtel de Lamamye

Hôtel de Lamamye

Hôtel de Lamamye



Hôtel Molinier

22 rue de la Dalbade, aussi connu comme hôtel de Felzins, hôtel Catelan.

Unique en son genre, le portail de l'hôtel Molinier a été élevé en 1556.

Conçu d'après un modèle du Livre extraordinaire de Serlio (1551), il témoigne de la rapidité avec laquelle les modèles prestigieux pouvaient être adaptés à Toulouse. Orné de termes, de harpies, mascarons, cuirs, vases et guirlandes d'abondance d'esprit bellifontain, il est enrichi de plusieurs dizaines de plaques, cabochons, demi-sphères et de pointes de diamant en marbres de couleur, enchâssés dans la pierre à la manière de bijoux sertis.

On doit ces marbres à l'activité de Dominique Bertin, menuisier et architecte, grand connaisseur des Pyrénées qui y avait fait rouvrir plusieurs carrières romaines de marbre. Nommé "conducteur de marbre pour le roy", sur ordre d'Henri II il approvisionna en marbres dès 1553 de nombreux chantiers, parmi lesquels le Louvre mais aussi des chantiers locaux tel que celui-ci. Ces marbres de l'hôtel Molinier avaient donc la double qualité de renvoyer aux fastes de la Rome impériale et de s'accorder au goût le plus rare et le plus luxueux du souverain.

En contact avec les grands architectes royaux, Pierre Lescot, le Primatice, Philibert de l'Orme, Dominique Bertin était très au fait de la production architecturale et livresque de la Cour et contribua à la réactivité et à l'ambition du foyer toulousain. Il participa à une édition toulousaine de Vitruve.

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

La devise stoïcienne Sustine abstine (supporte et abstiens-toi) est gravée dans le marbre avec la date (1556).
Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Là aussi, le décor trouve au moins partiellement son inspiration dans des gravures diffusant des modèles italiens :
Hôtel de Felzins
(Illustration tirée de l'exposition "Toulouse Renaissance" - 2018)

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Dans la cour : putti et guirlandes d'abondance de la Renaissance.
Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins

Hôtel de Felzins



Hôtel de Lestang

20 rue Saint-Jacques.

La construction de l'hôtel a commencé à la fin du XVIème siècle pour se terminer au début du XVIIème siècle. Il a été édifié pour Christophe de Lestang, petit-neveu d'un cardinal et de trois évêques et lui-même évêque de Lodève à 21 ans. Devenu évêque à Carcassonne, membre du conseil du roi et conseiller au Parlement à Toulouse, c'est sur ses 30 ans et vers 1593 qu'il acquiert cette parcelle entre archevêché et Parlement pour y faire bâtir son hôtel particulier.

Le corps de bâtiment principal compte un bel escalier à rampe droite dont la solennité s'exprime ici dans un décor à l'antique. Pilastres cannelés, chapiteaux, niches à coquilles, frises au dessin géométrique, témoignent de la curiosité et de l'érudition du maître des lieux.

Hôtel de Lestang

Hôtel de Lestang

Hôtel de Lestang

Hôtel de Lestang

Hôtel de Lestang

Hôtel de Lestang

Hôtel de Lestang

Le portail actuel de cet hôtel date de 1859 :
Hôtel de Lestang



L'hôtel de Lapleau

17 rue de Lapleau.

Façade qu'il faudrait ravaler pour voir son potentiel.

Hôtel de Lapleau

Hôtel de Lapleau



Hôtel du 13 rue Vélane

13 rue Vélane.

Cet hôtel sans nom connu a une façade et une cour Renaissance (les deux tourelles sont toutefois des ajouts du XIXème siècle). Il possède aussi une deuxième cour plus récente avec une belle verrière et un cadran solaire de 1750.

Hôtel du 13 rue Vélane

Hôtel du 13 rue Vélane

Hôtel du 13 rue Vélane

Hôtel du 13 rue Vélane

Nous verrons donc la deuxième cour dans une autre rubrique, celle-ci étant réservée au XVIème siècle.


Hôtel de Boysset

10 rue Darquier. Daté de 1550.

Nicolas de Boysset était trésorier du Domaine, donc ni capitoul, ni marchand, ni parlementaire... notez par conséquent que le classement de cet hôtel dans cette sous-rubrique des hôtels de parlementaires du 16ème siècle est discutable, mais je n'allais pas créer une rubrique juste pour lui.

Dans la belle cour intérieure en brique, jolie tour du 16ème siècle. La façade sur rue, sans doute un peu remaniée ultérieurement, a conservé de belles fenêtres à meneaux.

Hôtel de Boysset

Hôtel de Boysset

Dans la cour, les fenêtres de type brique et pierre évoquent plutôt le 17ème siècle que le 16ème... :
Hôtel de Boysset

Hôtel de Boysset

Hôtel de Boysset

Hôtel de Boysset







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