La basilique Saint-Sernin

Saint-Sernin passe pour être la plus grande église romane d'Europe, depuis la destruction de l'abbaye de Cluny pendant la Révolution...

Or ce n'est pas tout à fait vrai, la cathédrale de Spire, en Allemagne, est plus grande de quelques mètres. Cependant cette dernière a été largement détruite et reconstruite, de sorte que sur le plan de l'authenticité il y a matière à discuter... quoiqu'il en soit avec ses 115 mètres de longueur et 64 mètres de largeur au transept, avec la remarquable harmonie de son architecture, Saint-Sernin est sans conteste, comme l'écrit le guide Michelin, la plus célèbre et la plus belle des grandes églises romanes du Midi.

Bâtie essentiellement aux XIème et XIIème siècles, en brique (surtout) et en pierre, Saint-Sernin est l'archétype de la grande église romane de pèlerinage. La pureté de ses lignes romanes n'a pratiquement pas été dénaturée par le style gothique qui suivit, ni par la mode baroque plus tardive.

Son histoire commence quelque huit cents ans avant sa construction, vers l'an 250, lorsque le premier évêque chrétien de Toulouse, Saturnin (dont le nom fut plus tard déformé en Sernin), provoqua la colère du peuple romain encore largement polythéiste de la ville. Le voilà saisi et attaché à un taureau qu'on destinait à un sacrifice, puis traîné dans les rues par l'animal furieux. Son corps se détacha dans ce qui est actuellement la rue du Taur, et qui était alors un espace juste au-delà des remparts de la ville.

Saturnin devint ainsi l'un des rares martyrs chrétiens de la Gaule romaine. Sa célébrité ne fit que croître au fil du temps, de sorte qu'on construisit un premier sanctuaire pour abriter sa dépouille à l'emplacement de l'actuelle basilique. Richement doté en reliques par Charlemagne (Saint-Sernin est l'église de France abritant le plus de reliques), ce sanctuaire fut bientôt dépassé par le nombre de pèlerins qui le fréquentaient, dont bon nombre faisaient le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

C'est ainsi que vers l'an 1070 fut entamée la construction de cette vaste église, à laquelle participèrent des maîtres de la sculpture romane tels que Gilabertus et Bernard Gilduin, dont les doubles collatéraux et la disposition des chapelles abritant les reliques permirent dès lors d'accueillir le flux de pèlerins sans déranger la messe se tenant dans la nef.

En l'an 1096 le pape Urbain II consacra la nouvelle église et son autel, étaient alors seulement achevés le choeur et le transept.

L'importance de Saint-Sernin en tant que site de pèlerinage et monument symbolique de son époque a été reconnue par l'UNESCO lors du classement des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France, le document d'évaluation la désigne en effet explicitement comme un des points forts de ce dossier (avec les églises de Conques et de Moissac).

Petite curiosité : restaurée en 1860 par Viollet-le-Duc qui dénatura quelque peu sa toiture, la basilique a connu dans les années 1990 ce qui reste un fait rare en France : une dérestauration qui rendit son authenticité à son toit. Il est vrai que, quelques décennies plus tôt, l'église avait déjà connu un précédent de ce genre avec la suppression de son décor néogothique élevé en 1852 (à ce sujet voir l'article paru dans l'Express en 1993 : Saint-Sernin dé-violletisée).


Saint-Sernin
© Bing maps

Le chevet de l'église, avec ses chapelles rayonnantes, est à la fois la partie la plus ancienne et la plus belle :
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On peut noter qu'au début de sa construction la pierre alternait avec la brique :
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Face à la rue du Taur, un portique Renaissance détaché du corps de l'église donne accès à la basilique romane :
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La porte Miègeville qui fait face à la rue du Taur était l'entrée privilégiée, bien plus que le grand portail du massif occidental. Les sculptures des chapiteaux, consoles et autres élements de décor forment un magnifique exemple de sculpture romane, avec des détails ravissants à observer longuement et attentivement :
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Son tympan sculpté a été placé au rang des chefs-d'oeuvre de la sculpture romane, il inaugurait un nouveau genre qui allait connaître son apothéose romane à Conques et Moissac, et serait encore développé par le style gothique : le tympan à programme iconographique historié (ici l'Ascension du Christ).
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L'élégance des courbes romanes :
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Dans les combles sous les toits, une salle de cours avait été aménagée avec une représentation de l'univers tel qu'on le connaissait alors : la Terre au centre, l'Amérique encore non découverte :
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© émission Des racines et des ailes

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Un Christ pantocrator :
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L'entrée de la crypte abritant les nombreuses reliques :
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Depuis le XIVème siècle les reliques de Saint Thomas d'Aquin reposent non loin, au couvent des Jacobins. Cependant à la Révolution elles furent déplacées à Saint-Sernin et y demeurèrent près de deux siècles. Le sol d'une des chapelles du choeur garde la trace de ce passage sous la forme des initiales du saint (ST pour Saint Thomas). Les amateurs de rugby ne manqueront pas de noter qu'un certain club en rouge et noir les a réemployées pour son logo au début du XXème siècle...
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Détails :
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Quelques-uns des quelque deux cents chapiteaux romans de l'église :
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Le grand orgue de Saint-Sernin est réputé auprès des organistes du monde entier, considéré comme l'un des trois orgues majeurs de France avec celui de Saint-Sulpice à Paris et celui de Saint-Ouen à Rouen. Avec ses 54 jeux sur 3 claviers et pédalier, il est le dernier chef-d'oeuvre - d'aucuns disent même le plus abouti - du génial facteur d'orgues Aristide Cavaillé-Coll avant sa mort :
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Le clocher a été construit en plusieurs phases bien visibles : la première à l'époque romane, en même temps que l'église, est caractérisée par des arcs arrondis en plein cintre. Vers l'an 1300 seulement furent construits les deux étages supérieurs, identifiables à leurs arcs en mitre typiques du gothique languedocien. La flèche quant à elle fut érigée en 1478.
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Par-dessus les toits de la rue du Taur, le clocher est visible depuis la place du Capitole :
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Depuis le petit jardin du Musée Saint-Raymond voisin, un 'plan photo' à ne pas rater :
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